Lettre à Emmanuel CHARLOT, rédacteur en chef du magazine l’Esprit du Judo

, par Florence Carré

Lettre à Emmanuel CHARLOT, rédacteur en chef du magazine "l’Esprit du Judo"

par Alain BINI, Août 2008

Bonjour Emmanuel,

Pauvre Judo ! Nos instances de tutelle se rendent-elles compte du mal qu’elles sont en train de lui faire ?

Il se pourrait que le C.I.O, dans un avenir proche, s’aperçoive que la lutte libre et le judo font doublon dans le concert olympique, et comme la lutte est l’aînée, faire disparaître cette espèce de plagiat en pyjama !

Ou alors, une solution me vient à l’esprit, créer deux styles de Judo : le Judo gréco-romain, plus conventionnel, où on supprimerait la relation mains/jambes, et le Judo libre où on pourrait faire n’importe quoi comme on a pu le voir pendant ces jeux ! Car enfin, à part Lucie Décosse et Teddy Riner ( bien que dépassé quelque peu par ses adversaires) et Frédéric Demontfaucon (mais il n’a guère eu le temps de s’exprimer),j’ai vu plus le résultat d’un excellent entraînement...........avec les lutteurs, que le résultat de milliers de répétition de mouvements ou de séquences d’attaques, pour en améliorer la qualité, la vitesse et l’efficacité.

Et je ne parle là que des français !

Il me semble être revenu au temps des primates, où seule la force était une valeur de base, assurait un « statut » dans la société, et...la survie ! Les instances de tutelle, ayant réussi à chasser de leur sein les spécialistes, se régalent à laisser faire n’importe quoi, et se consolent en mettant en avant la diversité des pays pouvant accéder à une médaille, et sûrement dans peu de temps, se réclameront de l’universalité, chère à Jigoro Kano.

Apparemment notre fédération a commencé à réagir, avec les « nouveaux » règlements d’arbitrage, mais il ne faut pas oublier que, quelques décennies auparavant, nous étions reconnus pour être sur la bonne voie, puis, il n’y a pas si longtemps, le choix a été fait de se plier à la mode et, même dans les pôles, tout le monde est tenu de prendre bien haut et derrière la tête, voire à la ceinture, pour arracher, faire des pelleteuses, des yoko tomoe ou des kata guruma tous azimuts ! Et qui donc a fait ce choix ??

Dans l’esprit de ceux qui décident, sur le plan national, continental, international, y a-t-il une pensée pour tous ces professeurs consciencieux qui se décarcassent pour enseigner le geste juste, les principes fondamentaux du Judo, tous ces professeurs qui continuent à faire le nécessaire pour parfaire leurs connaissances et éventuellement en rajouter pour que leurs « disciples » prennent du plaisir à pratiquer et peut-être se forgent un temps de gloire en remportant des titres ?

Ces professeurs peuvent-ils se permettre de montrer les horreurs que nous venons de voir pour motiver leurs élèves ou donner envie à d’autres de venir à cet « art », à ce sport ?

Ne peut-on affirmer que nous sommes arrivés à produire la « négation » du Judo : ce que nous voyons depuis quelques années n’est-il pas une utilisation inintelligente de l’énergie ? Efficacité minimum pour effort maximum ?

Mais je suis néanmoins certain qu’il restera toujours des professeurs, dont je suis, pour maintenir le bon cap !!

Cordialement,

Alain

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